• La première pilule, aux aurores,

    A le goût d'un rêve qu'on éteint ;

    Je n'ai jamais été du matin,

    Quand l'heure vient de lever les stores.

     

    La seconde est pleine d'un brouillard

    Qui laborieusement se dissipe ;

    Pas moins de trois cafés, en principe,

    Pour nuire à mon état vasouillard...

     

    Ma journée entière est suspendue

    À ce pilulier incommodant,

    Dont je sens de plus en plus dodue

    La contenance ; c'est évident,

    J'ai trop de pilules sous la dent !

     

    Celle du patron, rarement rose,

    Je dois l'avaler sans rechigner,

    Quitte à la laisser m'égratigner

    Une confiance en moi mal éclose.

     

    Celle du collègue tire-au-flanc

    M'irrite la patience, au passage ;

    De nouveau pour moi, le ramassage

    Des gros dossiers en souffrance... Et vlan !

     

    Ma journée entière se coltine

    Ce pilulier réapparaissant

    Où que je sois, même à la cantine,

    Avec son petit air menaçant...

    J'ai trop de pilules dans le sang !

     

    Des aussi grosses que des couleuvres,

    Des vertes, des pas mûres... sans fin !

    Hélas, aucune d'or – pas demain

    Que je serai riche de leurs œuvres !

     

    Encore heureux, la bleue, à ce jour,

    N'aurait rien à gagner à m'atteindre,

    Et ce n'est pas toi qui vas te plaindre

    De n'avoir plus de feu pour ton four !

     

    Ma journée entière boit les crasses

    De ce pilulier que nous fermons,

    Le soir, à quatre mains ; tu m'embrasses,

    Et c'est ensemble que nous dormons

    Sur notre planète sans démons,

    Sans crapules,

    Sans pilules...

    12127


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  • Vulfran

    écrit pour la cour de récré de Jill Bill (clic sur le logo) - prénom de la semaine : Vulfran

     

     

    Vulfran se dit souffrant,

    Françoise s'en tourmente.

    Ment-il dans ses textos ?

    Toxiques sont ses charmes,

    Charmeur est son bagou.

     

    Vulfran n'est jamais franc ;

    Françoise expérimente

    Menteries et bateaux.

    Tôt ou tard, mille larmes

    L'armeront pour l'égout.

     

    * * *

     

    Ne crains-tu pas, Vulfran,

    Françoise, l'eau dormante,

    D'or, mante aux dents-couteaux ?

    Tôt ou tard, tous tes charmes,

    Charmeur, perdront leur goût !

    12117


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  • De ton quartier de lune

    À mon quartier sur terre

    S'étire un croissant infertile

    Sur la musique sans paroles

    Que rythment si bien tes silences.

     

    Je demande à la lune

    D'illuminer la terre,

    De se faire moins versatile...

    J'ai beau dresser des banderoles,

    Siffler comme les ambulances...

     

    Des soupirs étouffent mes notes ;

    Tes vents me passent les menottes,

     Me condamnent pour ingérence

    Dans ton halo d'intempérance.

    12107


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  • Au diable, hasard et Symphorose !

    écrit pour la cour de récré de Jill Bill (clic sur le logo) - prénom de la semaine : Symphorose

     

     

    Parents cherchent prénom

    Féminin, mixte... Ah ! Quel dilemme !

    Lou, Charlie ou Manon...

    Il dit non à tous ceux qu'elle aime,

    Elle peste dès qu'il dit non...

     

    L'embarras du choix mine

    Tout terrain d'entente tenté ;

    Le désaccord domine,

    Aucun parti n'est contenté.

     

    Faut-il prendre le livre,

    L'ouvrir au hasard ? Pourquoi pas !

    Et... Ce cher hasard livre,

    Sans tourniquer tel un compas,

    Une bizarrerie...

    Une plaisanterie ?

     

    Mais quel parent sensé

    Pourrait opter pour Symphorose,

    Prénom trop engoncé

    Dans sa rime avec nympho rose  ?

     

    Dans la peau de Manon,

    Leur fille serait mieux lotie ;

    Papa ne dit plus non.

    Maman va gagner la partie...

    Comme toujours, crénom de nom !

    12097


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  • Le moijiste

    écrit pour Mil et Une (clic sur le logo) - consigne : image (sous le texte qui suit)

     

     

    Le moijiste prend son laïus,

    Et puis, tel un lasso, le lance

    À l'assaut du malchanceux gus

    Qu'il alpague avec excellence.

     

    Le moijiste, alerte, assommant,

    Qui met en scène sa personne,

    Parle en n'écoutant clairement

    Que les moi je  qu'il se façonne.

     

    Une fois ferré, capturé,

    Dépossédé de sa portance, 

    L'assailli, bientôt torturé,

    Subit l'abusive jactance

    De l'égocentrique bavard,

    Qu'il absorbe façon buvard.

     

    À moins d'être un aquoiboniste

    Qui ne craint pas le temps perdu,

    Chacun cherche à fuir le moijiste

    Qu'il n'est jamais, bien entendu !

     

     

     

    Le moijiste

    The power of speech  / John Holcroft

    12087


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