•  

     

    Elle a trop ouvert son corps

    À vos fièvres de passage,

    Elle a trop ouvert son corps ;

    C'est fini, la voilà sage !

     

    Vous qui cherchez à panser

    Tout mal d'ivresse par elle,

    N'essayez plus d'y penser ;

    À quoi bon faire du zèle ?

     

    Trouvez un autre décor

    À vos plaisirs immatures,

    Un qui soit plus en accord

    Avec vos soifs d'aventures...

     

    Les bergers aux fiers bâtons

    N'émoustillent plus madame,

    Ça lui donne des boutons,

    Ce n'est plus dans son programme...

     

    Allez vous-en chuchoter

    Vos boniments sans décence

    Aux brebis à carotter

    Encor vertes d'innocence...

     

    Votre bonheur vous attend

    Dans leur pré, dans leur campagne,

    Courez-y tambour battant,

    Moussez-y votre champagne...

     

    Ne revenez plus ici,

    Oubliez cet interphone,

    Oubliez l'adresse aussi,

    Laissez en paix ma patronne !

     

    Elle a trop ouvert son corps

    À tout vent, la malheureuse,

    Elle a trop ouvert son corps ;

    Vous l'appeliez Généreuse...

     

    Un surnom plutôt tordu,

    Dont l'aura longtemps piégée

    L'obscène sous-entendu ;

    Depuis, sa vie est rangée...

     

    À l'ombre de son senior

    Pas amer, plein de présence,

    Surtout plein d'argent, plein d'or,

    C'est soir et matin Byzance...

     

    Ne revenez plus ici,

    Au revoir monsieur, merci !

     

     

     

    12197

     

     

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  • Le septième ciel

    Le septième ciel

     

     

    Sommeil léger, rêves fragiles,

    Dansent autour de mon corps lourd,

    Pendant que monsieur Aberlour

    Fait de l’œil à tous mes vigiles...

     

    Hélios, privé de mise à jour,

    S'est perdu dans la nuit opaque,

    Trou noir en forme de cloaque ;

    Ma chambre n'est pas Baïkonour...

     

    Heureux tous les buveurs d'étoiles

    Qui planent par-delà les voiles...

     

    La revoici, la peur du noir,

    Qui joue à tuer mon courage

    De m'endormir sans éclairage ;

    J'entends marcher dans le couloir...

     

    Serai-je gai, si je boycotte

    Ce verre triste et dangereux

    Qui cherche à me combler les creux,

    Qui veut devenir ma mascotte ?

     

    Heureux tous les Thomas Pesquet

    Envolés loin de mon parquet...

     

    Il me faudrait un somnifère,

    Ni plus ni moins ; j'en oublierais

    Toute langueur et rallierais

    Le septième ciel, sans m'en faire...

     

    Sans tournis, sans ébriété...

     

    Heureux tous les buveurs d'étoiles

    Qui planent par-delà les voiles,

    D'où le monde n'est que beauté.

     

     

     

    Le septième ciel

    Photo prise par Thomas Pesquet depuis la Station Spatiale Internationale le 30 novembre 2016

    11997

     

     

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  • Fleury perd Noël

    Fleury perd Noël

     

     

    La lumière, ici,

    Ne sert qu'à projeter l'ombre

    Des barreaux sur les murs froids

    Ivres d'insomnie et d'amertume ;

     

    La fête, d'ici,

    N'est qu'un point dans le soir sombre,

    Une étoile pour des rois

    Ne s'étant pas trompés de costume ;

     

    C'est à la merci

    De rats et cafards en nombre

    Vêtus de penchants pas droits,

    Que Fleury perd Noël, s'accoutume

    À sa soif de Liberté,

    Se ripoline à l'Encre de Chine

    Un destin bien agité,

    Tourne, bon an mal an, sa machine

    À laver la cruauté,

    Tandis que Mérogis, lui, s'échine

    À garder leur unité.

     

     

     

    Fleury perd Noël

    Mots tirés de Que la vie en vaut la peine, 1954 / poème de Louis Aragon

    11866

     

     

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  • Ospice, vous avez dit Ospice ?

    Ospice, vous avez dit Ospice ?

     

     

    Tu m'as chargé, maîtresse Jill,

    D'un devoir plutôt infaisable...

    Carrément irréalisable !

     

    Comment ça, c'est Madame Bill  ?

    Et depuis quand l'on se vouvoie ?

    Plaise à vous, prenons cette voie !

     

    Je disais donc, Madame Bill,

    Sans l'ombre d'un mépris – j'insiste

    Avec force, ô Madame Bill –,

    Et croyez-le, cela m'attriste,

    Que je crains le zéro pointé,

    Le carton rouge, en vérité ;

     

    Car j'ai couru toute la ville,

    Comme vous l'avez demandé...

    Elle a du charme, cette ville,

    Ce qui, pourtant, n'a pas aidé

    À vous trouver le moindre Ospice ;

    Pas évident comme exercice !

     

    Un tel prénom, Madame Bill,

    Brille partout par son absence,

    N'est point aussi courant que Jill ;

    Son écho manque de puissance

    Ou, dans quelque eau trouble, s'est tu...

    Et puis après ? Turlututu !

     

    J'ai même arpenté d'autres villes

    À travers le département,

    Jusqu'à l'abus... Quoique ces villes

    N'ont guère fait mieux, justement.

    Ospice, attend-il le déluge

    Pour s'extraire de son refuge ?

     

    On m'a bien parlé d'un mandrill

    Qui s'ennuie au Zoo des Sans-Joies...

    Mais c'est à Trifouilly-les-Oies !

     

    Alors je n'ai, Madame Bill,

    Afin d'assurer mes arrières,

    Pour vous, qu'un bouquet de bruyères...

     

    Sans rancune, maîtresse jill ?

    11826

     

     

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