• Elle, que j'aime

    Ma mer est l'amante insoumise

    Qui s'acoquine avec les ports,

    Lesquels se mouillent la chemise ;

    Elle les force à des rapports

    Faits de ses caresses houleuses

    Et de ses ires fabuleuses.

     

    Ma mer supporte les bateaux

    Que ses embrassés lui destinent,

    Certains, gros comme des châteaux,

    Qui la poissent, qui la piétinent...

    Quand lui prend une humeur de chien,

    Elle en avale un, l'air de rien.

     

    Ma mer ne connaît plus son âge,

    Mais elle a celui de ses eaux ;

    En vieille morue, elle nage,

    Sans même compter les oiseaux

    Qui tourniquent au-dessus d'elle

    Depuis toujours, à tire-d'aile.

     

    Ma mer ne porte rien l'hiver

    Qu'un voile de dentelle fine,

    Ni gants, ni pantoufles de vair...

    Sa peau, jamais, ne se confine

    Dans les carcans du vêtement ;

    Elle s'ondule librement.

     

    Ma mer, vamp en rut déchaînée

    Face aux phares en érection,

    A des allures de traînée

    Qui lèche avec délectation

    Leur virilité fanfaronne,

    Sauf que c'est elle la patronne.

     

    Ma mer, coupez-lui donc le son,

    Vous serez réduits au silence ;

    Allez lui noyer le poisson,

    Et vous boirez votre insolence

    Par tasses pleines de son sel,

    Non de nectar ou d'hydromel !

     

    Ma mer sait être calme et bonne

    Avec les enfants du soleil ;

    Deux mois par an, elle s'abonne

    À leur engouement sans pareil,

    Leur offrant, par ses yeux turquoise,

    Le tendre oubli des ciels ardoise.

     

    Ma mer se cache pour pleurer,

    Se retire en son vague à l'âme

    Qu'à la lune elle part narrer,

    Puis, remonte tout feu, tout flamme,

    Écumer à nouveau les lits

    De ses fiancés trop polis.

     

    Ma mer m'attrape par la Manche,

    En me disant : Paris, Paris...

    Toujours Paris ! Pour être franche,

    J'aimerais être une souris

    Pour y voir comment des mouettes

    Font sans moi... Que des girouettes !

     

    Ma mer, entend-elle vraiment

    Tous les appels mis en bouteille

    Que je lui lance ouvertement,

    Ou n'aurait-elle qu'une oreille

    Sélective, elle qui nourrit

    Sans distinction, a priori ?

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    « Les casserolesFerréol, pêcheur d'elles »