• Je t'ai vu un jour alunir

    Sur tes rêves les plus énormes,

    D'où tu cherchais à tout tenir

    De ce bonheur aux grandes formes

    Qui te happait de tous côtés,

    Qui valait un million d'étés.

     

    Moissonnant au champ des possibles,

    Tes mains ont d'ailleurs effleuré

    Des étoiles inaccessibles ;

    Le louveteau maigre, apeuré,

    De sa misérable tanière,

    A décollé vers la lumière.

     

    Il faisait bon

    S'enflammer comme une allumette.

    Il faisait bon

    Tirer des plans sur la comète.

     

    Puis, ta fusée a commencé

    À suivre une autre trajectoire

    Quand un trou noir a devancé

    Le terme de la belle histoire,

    L'or trop vite dilapidé

    Ayant laissé le ciel vidé ;

     

    La moindre étoile s'est éteinte,

    Ton bout de lune s'est ruiné...

    Qu'en reste-t-il ? Une complainte

    Au prix fort d'un million damné ;

    Nul gros lot n'a de descendance

    S'il n'a connu que l'imprudence.

     

    Te voilà bon

    Pour un retour à la tanière

    Couleur charbon,

    Où n'entre jamais la lumière.

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  • Comme ils étaient beaux, mes matins,

    Quand ils entraient par la fenêtre

    Et me lançaient des serpentins

    De Lumière sur tout mon être...

     

    Comme ils sont laids, ceux d'aujourd'hui,

    Avec les rumeurs qu'ils colportent,

    Qui ne disent rien que le bruit

    Des vents mauvais qui les escortent !

     

    Je n'entends plus de jolis chants !

     

    Les roses d'antan, je le jure,

    Savaient savourer leur été,

    Se courbaient devant la froidure,

    Toujours, avec humilité...

     

    Celles que je vois se rebiffent

    Dès qu'on cherche à les caresser,

    Ne sont plus qu'épines qui griffent

    Et n'attendent pas pour blesser !

     

    Pourquoi faut-il que les temps changent !

     

    Comme ils étaient gais, les oiseaux,

    Quand le ciel azurait leurs ailes ;

    Ils gazouillaient, près des ruisseaux,

    Accompagnés de leurs oiselles...

     

    Comme ils ne font plus que crier,

    J'en ai les oreilles qui saignent,

    Et, rien ne me sert de prier,

    Si les nouveaux dieux me dédaignent !

     

    Je n'entends plus de jolis chants !

     

    Le bedeau, le vin et l'hostie

    Promettaient un monde rêvé ;

    En ville, la pédérastie

    N'allait pas fouler le pavé !

     

    Que voulez-vous que je comprenne

    Aux couleurs de tous ces drapeaux

    De l'époque contemporaine,

    Moi, vieux de chez les vieilles peaux ?

     

    Pourquoi faut-il que les temps changent !

    12697


  • Elle était ronde hier encore,

    Voici qu'elle fond à vue d’œil ;

    Son triste Pierrot le déplore.

    Il règne un avant-goût de deuil...

     

    Elle s'étiole. Elle est blafarde.

    Qui lui fait de l'ombre ? Un mouton

    Qui passe ? À moins qu'on ne la farde

    Pour ses funérailles, dit-on...

     

    Elle semble au bout de sa course,

    N'est bientôt plus qu'un trait courbé

    Dont rient Vénus et la Grande Ourse ;

    Voici tout son lustre embourbé,

    Comme la plume paresseuse

    De Pierrot, dans l'encre poisseuse.

     

    Allons !  s'insurge un vieux hibou.

    Son agonie ? Un subterfuge

    Pour mieux filer vers son tabou,

    Mais que personne ne la juge !

     

    Attendez quelque vingt-huit jours,

    Et vous l'appellerez « nouvelle »

    Quand vous reverrez ses atours

    D'amante nomade, infidèle...

     

    Cependant, ce sera bien elle !

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  • C'est toujours la même histoire

    Qui se répète, un soir, près d'un feu ;

    On commence par y boire

    La passion, qu'on chauffe comme on veut,

    Et c'est beau de se remettre à croire

    Aux promesses du printemps...

     

    C'est le froid qui se délite,

    Le grésil qui fait place à l'azur ;

    Le coquelicot milite

    Pour qu'on emplisse le verre obscur

    De ce vin qui paraît insolite,

    Même à l'énième printemps...

     

    Et puis, c'est la canicule

    Qu'on décroche au vent des voluptés,

    Quand la lune gesticule,

    Mais, changeante, prend des libertés ;

    Volage, indécise, elle recule,

    C'est déjà loin, le printemps...

     

    Enfin, l'heure des vendanges

    Presse une dernière fois le cœur ;

    On voit des soleils oranges

    À l'agonie, on entend qu'en chœur

    S'enrouent doucement les voix des anges,

    Et l'on repense au printemps...

     

    C'est toujours la même histoire

    Pour qui ne sait pas garder l'amour ;

    Combien d'avrils faut-il boire,

    Avant de se sentir le cœur lourd

    D'autre chose que de peine à croire

    En un durable printemps ?

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