• Qu'as-tu fait de ton sourire,

    Pauvre clown triste et hagard ?

    Je l'aimais bien, ton sourire,

    Qui soulignait ton regard.

     

    Tu m'inquiètes ; ton nez rouge

    Pauvre clown, a disparu !

    Je l'aimais bien, ton nez rouge,

    Moi, qui suis lourd et bourru.

     

    Qu'as-tu mis entre tes lèvres,

    Pauvre clown, est-ce un chagrin ?

    Je les aimais bien, tes lèvres,

    D'impayable boute-en-train.

     

    Quoi ! Comment ça, le sourire

    D'un clown n'est que faux-semblant ?

    Je l'aimais bien, ton sourire,

    Jamais jaune, toujours blanc.

     

    Qu'as-tu donc ! Est-ce le monde,

    Pauvre clown, qui te déçoit ?

    Je l'aimais bien, notre monde,

    Avant le chacun-pour-soi.

     

    Viens là, que je te déride,

    Pauvre clown, viens... À mon tour

    D'avoir le mot qui déride,

    De me forcer à l'humour !

     

    * * *

     

    Allons d'abord boire un verre...

    Au fond, je suis comme toi...

    Quand le monde m'exaspère,

    Mon sourire perd la foi.

    Allons d'abord boire un verre,

    Un, deux, trois, et... Ça ira,

    La pilule passera.

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  • J'ai remis ma vie à sa place,

    Dans son grand désordre ordonné.

    Il est revenu, m'a sonné

    Les cloches, m'a rempli la tasse

    À nouveau de tout ce qu'il est...

     

    J'ai redéployé chaque chose

    Hors de ces sentiers bien tracés,

    Trop droits, trop nets, trop compassés,

    Pavés de blanc et de vieux-rose ;

    La dragée ou le petit-lait,

    Le fil sans vices sur l'ourlet,

    J'en ai eu ma dose !

     

    Car l'extrême tranquillité,

    L'excédent de moralité,

    Cousus sur la docilité,

    Manquent de sensualité,

     

    J'ai remis ma vie à sa place,

    Où le feu ne connaît pas l'eau ;

    Il est revenu au galop,

    Mon naturel, vif et tenace,

    Et je l'aimerai tel qu'il est.

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  • Si Garrett arrête,

    S'il prend sa retraite,

    Désintoxiquant

    Son air suffocant,

    Ses matins qui toussent

    Et crachent du gris,

    Ses soirs qu'éclaboussent

    Des brouillards nourris

    Au briquet funeste...

    Fera-t-il ce geste ?

     

    Sa Mady me dit :

    On est samedi...

    Si Garrett arrête,

    S'il prend sa retraite

    De nicotineux,

    Ah ! Le beau miracle !

    Seuls quelques neuneus

    Croient qu'un tel spectacle

    Se tiendra, pardi !

    On verra lundi...

     

    Si Garrett arrête,

    S'il prend sa retraite...

    Mais combien de si

    Faudra-t-il, d'ici

    Qu'il soit raisonnable,

    Combien de lundis ?

    Ce n'est plus tenable !

    Triste paradis...

    Mady s'y consume

    Car elle aussi fume,

    Même sans vriller

    Jusqu'au cendrier.

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  • Tous ces avions qui bourdonnent,

    Passant par-dessus le toit de ma maison,

    Griffant le ciel, fanfaronnent ;

    Ils emportent des chanceux.

     

    Tous ces avions qui dessinent

    Des traits blancs sur fond d'azur, à la saison

    Des vacances, me fascinent ;

    Je rêve d'être de ceux

    Qu'ils décollent,

    Qu'ils envolent.

     

    Cœur à hauteur des pavés,

    Compte en banque

    Dans le manque,

    Je rêve les yeux levés.

     

    Tous ces avions qui s'échappent

    N'ont que faire des barreaux de ma prison

    Quand des paradis les happent ;

    Ils emportent des chanceux.

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