• Elle était ronde hier encore,

    Voici qu'elle fond à vue d’œil ;

    Son triste Pierrot le déplore.

    Il règne un avant-goût de deuil...

     

    Elle s'étiole. Elle est blafarde.

    Qui lui fait de l'ombre ? Un mouton

    Qui passe ? À moins qu'on ne la farde

    Pour ses funérailles, dit-on...

     

    Elle semble au bout de sa course,

    N'est bientôt plus qu'un trait courbé

    Dont rient Vénus et la Grande Ourse ;

    Voici tout son lustre embourbé,

    Comme la plume paresseuse

    De Pierrot, dans l'encre poisseuse.

     

    Allons !  s'insurge un vieux hibou.

    Son agonie ? Un subterfuge

    Pour mieux filer vers son tabou,

    Mais que personne ne la juge !

     

    Attendez quelque vingt-huit jours,

    Et vous l'appellerez « nouvelle »

    Quand vous reverrez ses atours

    D'amante nomade, infidèle...

     

    Cependant, ce sera bien elle !

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  • C'est toujours la même histoire

    Qui se répète, un soir, près d'un feu ;

    On commence par y boire

    La passion, qu'on chauffe comme on veut,

    Et c'est beau de se remettre à croire

    Aux promesses du printemps...

     

    C'est le froid qui se délite,

    Le grésil qui fait place à l'azur ;

    Le coquelicot milite

    Pour qu'on emplisse le verre obscur

    De ce vin qui paraît insolite,

    Même à l'énième printemps...

     

    Et puis, c'est la canicule

    Qu'on décroche au vent des voluptés,

    Quand la lune gesticule,

    Mais, changeante, prend des libertés ;

    Volage, indécise, elle recule,

    C'est déjà loin, le printemps...

     

    Enfin, l'heure des vendanges

    Presse une dernière fois le cœur ;

    On voit des soleils oranges

    À l'agonie, on entend qu'en chœur

    S'enrouent doucement les voix des anges,

    Et l'on repense au printemps...

     

    C'est toujours la même histoire

    Pour qui ne sait pas garder l'amour ;

    Combien d'avrils faut-il boire,

    Avant de se sentir le cœur lourd

    D'autre chose que de peine à croire

    En un durable printemps ?

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  • J'ai pleuré pour la première fois

    De mon âge adulte

    Quand tu m'as dit : je pars,

    Je te laisse.

    J'ai pleuré toutes les larmes de mon corps,

    De mes yeux, de ma vie.

     

    J'ai pleuré pour la seconde fois

    De mon âge adulte

    Le jour de ton retour...

    Quelle fête !

    J'ai pleuré toutes les larmes de mon corps,

    De mes yeux, de ma vie.

     

    J'ai pleuré pour la troisième fois

    De mon âge adulte

    Quand tu as de nouveau

    Pris la route ;

    J'ai pleuré toutes les larmes de mon corps,

    De mes yeux, de ma vie.

     

    Et d'ailleurs, si je n'ai plus pleuré depuis,

    C'est que toute ma peine,

    Peu à peu,

    A bu toutes mes larmes.

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  • Je te tuerais dans l’œuf

    De ton désir de plaire

    À quelque soleil neuf

    Qui viendrait te distraire,

    Je te tuerais,

    Si tu te laissais prendre

    À son or à revendre !

     

    Je te tuerais avant

    Que tu n'aies eu l'audace

    D'offrir à quelque vent

    De passage ma place,

    Je te tuerais,

    Si tu te laissais prendre

    À son air, sans attendre !

     

    Oh oui, je te tuerais,

    D'un coup d'amour si tendre

    Qu'alors tu ne saurais

    Ne plus jamais t'éprendre

    Que de moi, mon amour,

    Jusqu'à ton dernier jour !

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