• Le manège d'Eurydice

    Le manège d'Eurydice

     

     

    Des amants, Eurydice en a dix ;

    Ces serpents qui l'honorent dans l'Eure

    Rampent tous jusqu'au soixante-dix

    De le rue aux papillons, à l'heure

    Qu'elle impose, et chacun, à son tour,

    Envenime sa pomme d'amour.

     

    Elle prend du bon temps, Eurydice,

    Se laisse effeuiller comme une fleur,

    Pourvu que son pistil s'étourdisse,

    Que son suc offre extase et chaleur

    Au sang froid des cobras, des crotales,

    Qui noient leurs vices dans ses pétales !

     

    De la cave du soixante-dix

    Au grenier du soixante-neuf, elle,

    Loin d'être aussi sage que jadis,

    Monte se débrider de plus belle,

    Pour jouir d'un séjour sulfureux

    Dans le lit d'un éden généreux.

     

    Elle prend du bon temps, Eurydice,

    Pendant que Jules trime à Honfleur

    Pour qu'elle ait de l'or qui resplendisse

    À son cou – de l'or haut en couleur...

    Ainsi tourne, tourne, son manège,

    Bien que l'âge, lentement, l'enneige.

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