• Le soir

    Le soir plaque d'étranges ombres

    Aux quatre coins de mon tableau.

    Les clartés courent à vau-l'eau,

    Meurent dieu sait sous quels décombres ;

    Il en reste des bouts épars

    Pour les étoiles, quand tu pars.

     

    Le soir déchire les promesses

    Qui s'alignent chaque matin

    Dans notre cahier clandestin,

    Mettant dos à dos nos jeunesses.

    Mais il ne s'en souvient jamais ;

    Je le déteste, désormais !

     

    Le soir tombe toujours des nues,

    Comme s'il venait de saisir

    Ce qui me gâche le plaisir

    Aux lentes heures revenues ;

    Je ne risque pas d'oublier

    Pourquoi tu dois te replier !

     

    Le soir se contente d'éteindre

    La flamme des jeux interdits ;

    Ne sommes-nous que des bandits

    Qu'il a choisi de ne pas plaindre ?

    Ai-je raison de le blâmer,

    Si je suis bien fou de t'aimer ?

     

    Le soir, c'est le cours de ma vie

    Et ses sinistres attirails

    Qui redeviennent mes seuls rails,

    Puisque la raison te convie

    À regagner l'appartement

    Où dort l'homme à qui ton cœur ment.

     

    [ Le soir, quand mon soleil s'éclipse,

    Tout ressemble à l'apocalypse... ]

    11506

    « Ma nature est bien faiteAngélique »