• Le vieux garçon

    Je m'étais assis là, sur le dos de ma peur,

    Pensant qu'en l'étouffant sous le poids de mes rires

    Elle allait m'oublier, réduite à la torpeur,

    Et m'épargner alors le tranchant de ses dires.

     

    Je ne regardais plus que ce qui rassurait

    Mon âme d'enfant-roi, mes pupilles de dupe,

    Ne cherchais dans le ciel que ce qui l'azurait,

    Bien heureux que ma mère eût une large jupe.

     

    Que la vie était belle au sein d'un tel confort,

    Quand il me suffisait de fermer les paupières

    Pour me croire abrité dans un vrai château-fort,

    Loin du monde réel et de ses lance-pierres !

     

    Me faisant les yeux doux, un jour, l'amour passa,

    Tournoya tout autour de ma poltronnerie,

    Voulut m'en arracher, me tenta, me pressa...

    Je préférai crier à la supercherie.

     

    Pourquoi donc refuser de me laisser aller

    À quitter l'âge bête et les murs de l'enfance ?

    Craignais-je que le loup ne s'en vînt m'avaler,

    Au point de me barder de gestes de défense ?

     

    Aujourd'hui, me voici vieilli par les regrets,

    Étranglé de remords, usé de solitude ;

    Si la peur est restée au fond de mes secrets,

    Pour elle, j'ai roulé jusqu'à la servitude.

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    « Loin des yeux...Les ailes de Gisèle »