• Le vieux garçon

    Je m'étais assis là, sur le dos de ma peur,

    Pensant qu'en l'étouffant sous le poids de mes rires

    Elle allait m'oublier, réduite à la torpeur,

    Et m'épargner alors le tranchant de ses dires.

     

    Je ne regardais plus que ce qui rassurait

    Mon âme d'enfant-roi, mes pupilles de dupe,

    Ne cherchais dans le ciel que ce qui l'azurait,

    Bien heureux que ma mère eût une large jupe.

     

    Que la vie était belle au sein d'un tel confort,

    Quand il me suffisait de fermer les paupières

    Pour me croire abrité dans un vrai château-fort,

    Loin du monde réel et de ses lance-pierres !

     

    Me faisant les yeux doux, un jour, l'amour passa,

    Tournoya tout autour de ma poltronnerie,

    Voulut m'en arracher, me tenta, me pressa...

    Je préférai crier à la supercherie.

     

    Pourquoi donc refuser de me laisser aller

    À quitter l'âge bête et les murs de l'enfance ?

    Craignais-je que le loup ne s'en vînt m'avaler,

    Au point de me barder de gestes de défense ?

     

    Aujourd'hui, me voici vieilli par les regrets,

    Étranglé de remords, usé de solitude ;

    Si la peur est restée au fond de mes secrets,

    Pour elle, j'ai roulé jusqu'à la servitude.

     10656

    « Loin des yeux...Les ailes de Gisèle »

  • Commentaires

    1
    Dimanche 17 Janvier 2016 à 18:33

    Bonsoir Tanguy ais-je envie de dire.... le pourquoi du comment, ah la belle analyse à faire, mais en attendant maman n'est tjs pas grand-maman... Un tel attachement on en voit encore, qu'en dire du ne pas savoir couper le cordon.... Bonne soirée Fabrice, bises

      • Lundi 18 Janvier 2016 à 09:11

        Bonjour Jill... Bien vu, ta vision du "Tanguy"... Peut-être que maman a trop couvé son rejeton, peut-être qu'elle a été trop castratrice, peut-être qu'elle n'y a été pour rien... Les raisons ne manquent pas, toujours est-il que couper le cordon semble bien compliqué pour certains...

        Bon lundi à toi, merci, bises.

        FP

    2
    Dimanche 17 Janvier 2016 à 18:57

    un beau poème

    3
    Dimanche 17 Janvier 2016 à 19:30

    Le vieux garçon a toute les apparence du gendre idéal :

    chemises impeccablement repassées, lit au carré, parquet miroir, penderie millimétrée,

    menton rasé de près.

     Attention c’est un piège.

    Le vieux garçon est vieux avant d’être garçon.

    A ses côtés vous expérimenterez le mode de vie strict de vos arrières arrières grands-parents :

    patins à l’entrée, place attitrée à table, bol nominatif, serviette numérotée, horaires précis.

    Prévoyez large le matin avant de quitter son terrier pour effacer toutes traces ADN de votre passage

    dans sa salle de bain : cheveux, poils pubiens, cotons démaquillants,

    traces de rouge à lèvre sur le verre à dent.

    Le vieux garçon est un faux calme, potentiellement un vrai psychopathe.

    mais j'aime mieux cela a un homme négligé.....

    douce soirée à toi et bonne semaine

      • Lundi 18 Janvier 2016 à 09:15

        Bonjour Danielle... Ah, ça sent le vécu, tout cela, non ? hahaha... Bien sûr, je dirai que tu brosses là le portrait d'un parmi d'autres, et sans doute sommes-nous influencés par quelques clichés. Sont-ils tous comme ça ? Leurs contraires sont-ils forcément des hommes négligés ? Peut-être pas... 

        Beau début de semaine à toi, merci. Bises.

        FP

    4
    Dimanche 17 Janvier 2016 à 19:50

    Superbe !

      • Lundi 18 Janvier 2016 à 09:16

        Merci Sandra... (Je cogite encore sur ton jeu ! héhé)

        FP

    5
    Dimanche 17 Janvier 2016 à 21:13
    Je n'aime pas trop ces appellations de vieux garçons ou filles on est resté célibataire ...voilà tout ...
    Amitié .
      • Lundi 18 Janvier 2016 à 09:19

        Il est vrai, Marie-Claude, que ces appellations peuvent être péjorativement connotées. Surtout parce que la société semble encore ne pas toujours accepter que l'on finisse célibataire, d'ailleurs, l'expression "tu finiras seul(e)" (sous entendu, par exemple : "si tu ne fais pas d'effort") en dit long sur la manière dont on perçoit cet état de fait (qui parfois est un choix, aussi, pourtant).

        Merci à toi, bonne journée. Bises.

        FP 

    6
    Lundi 18 Janvier 2016 à 02:14

    Bonjour Fabrice

    fils belge est vieux garçon c'est tout le contraire du com 3

    oui au vu de la taille du pays, la bataille est rude contre la pollution, et ce n'est pas l'état qui est en faute, il y a des normes très sévère, que beaucoup ne respecte pas

     

    Je te souhaite un très bon lundi

     

    Nos amitiés bises

     

    Qing&René

     

      • Lundi 18 Janvier 2016 à 09:22

        Bonjour René. Oui, le commentaire de Danielle paraît réducteur, je ne pense pas non plus que tous les vieux garçons se reconnaîtraient absolument dans ce descriptif, lequel semble tout de même réunir un ensemble de critères que partagent sans doute beaucoup de gens.

        Merci de ta visite, excellent lundi à Qing et toi. Bises.

        FP

    7
    Lundi 18 Janvier 2016 à 06:47

    La douceur du cocon familial n'est pas simple à quitté, surtout que le premier amour est l'amour d'une mère, et quand on est timide, on a peur d'être confronté à la vie et on a besoin d'être apprivoisé avant de tendrement s'abandonner. Peut être que cette première rencontre n'a pas pris le temps, ou le sentiment qu'elle procurait n'était pas assez puissant pour briser les liens du sang. Quoi qu'il en soit, rien n'est à regretté, la vie est ainsi et il vaut toujours mieux être seul que mal accompagné

    Amicalement

    Claude

      • Lundi 18 Janvier 2016 à 09:25

        J'aime la conclusion de ton commentaire, Claude, que je ne peux que partager. Effectivement, il est peut-être préférable de vivre toute sa vie sans s'engager auprès de qui que ce soit, plutôt que de mal s'engager. Ce qui n'empêche ni le sentiment de solitude, ni les regrets... Merci à toi.

        Amicalement,

        FP

    8
    Lundi 18 Janvier 2016 à 07:40

    Bonjour Fabrice...Toujours du bonheur de venir te souhaiter un bon lundi !  Comment vas tu ? Moi ça va bien ! C'est un beau poème que tu nous offre la mais est il possible d'avoir peur toute sa vie ?

    C'est un ciel bien gris ce matin ici, et ils annoncent de petit passages neigeux mais il fait tellement froid qu'on a peur de gelé sur place, mais on ne sais rien changer et il faudra bien s'en accommoder ! Je te fais de gros bisous amicaux...passe une belle journée  

      • Lundi 18 Janvier 2016 à 09:27

        Bonjour Chadou... Tu poses la question : "est-il possible d'avoir peur toute sa vie ?" ... Je crois que la peur de s'engager est une peur qui peut ne jamais s'effacer... 

        Merci à toi. Bon lundi, un peu froid, mais c'est l'hiver encore... Patience, patience, le redoux reviendra tôt ou tard. Bisous.

        FP

    9
    Lundi 18 Janvier 2016 à 08:02

    c'est joli

    mais c'est vrai que j'eusse aimé

    rester longtemps dans les jupes de maman

    elle est partie si tôt

    j'ai souvent peur

    mais c'est surtout de devenir conne !!

    hihi

    bise à toi et bon lundi

      • Lundi 18 Janvier 2016 à 09:29

        Alors, la peur de devenir con, celle-là, nous l'avons en permanence, il me semble... Mais tant qu'elle n'est pas handicapante, elle est plutôt bienvenue, non ?

        Les jupes de maman, pour tout enfant, ça a quelque chose de rassurant, de protecteur... Il faut pourtant un jour s'en défaire pour grandir et vivre sa propre vie. Pourquoi certains (une minorité, certes) y demeurent encore à quarante ans ? Il faut leur poser la question... Le narrateur ici, y a donné sa réponse.

        Bises à toi de même, belle journée. Merci.

        FP

    10
    Lundi 18 Janvier 2016 à 08:28

    Reste à se consoler avec a liqueur du vieux garçon...   ** )

      • Lundi 18 Janvier 2016 à 09:31

        Haha Nounedeb ! On se console comme on peut, mieux vaut en rire pour ne pas en pleurer indéfiniment.

        Bonne journée.

        FP

    11
    balaline
    Lundi 18 Janvier 2016 à 08:54
    Un tres beau poeme qui nous renvoit a ce sentiment filial parfois exagere mais aussi a cette profonde solitude au deces des parents.
    Comme si leur viep s'arretait aussi a leur depart.
    Belle journee sous les flocons.
      • Lundi 18 Janvier 2016 à 09:33

        Bonjour Balaline. Alors, quand on se complaît à vivre chez ses parents, même au-delà de l'âge "requis" (je mets des guillemets car, y a-t-il vraiment un âge pour s'envoler de ses propres ailes ?), on bénéficie de tout un tas de confort, et pas seulement matériel. Mais attention, on reste un enfant aussi, beaucoup plus que ceux qui sont devenus indépendants. Par conséquent, la perte des parents peut détruire réellement, et c'est là que la solitude, en effet, se ressent totalement.

        Belle journée à toi de même, pas de flocons ici (snif !). Merci.

        FP

    12
    Lundi 18 Janvier 2016 à 09:36

    Bonjour,

    Abstenons-nous de tout jugement. Jamais nous ne pourrons nous mettre à leur place.

    Quoi que l'on fasse, on sera toujours le vieux de quelqu'un.

    Et il y a même des gars de vingt ans qui sont déjà vieux. Alors...

    Vaste sujet élégamment versifié.

    Bon lundi.

      • Lundi 18 Janvier 2016 à 09:42

        Bonjour Rafaël... Je ne pense pas que l'adjectif "vieux" soit porteur d'un quelconque jugement, dans l'expression "vieux garçon" ou "vieille fille"... En tout cas, pas à mes yeux. Je pense qu'il faut assumer les termes, et j'assume le titre que j'ai donné à ce texte. Être vieux n'a rien de péjoratif (sauf pour les adeptes du jeunisme, dont je ne suis pas lol), c'est juste le contraire d'être jeune.

        Par ailleurs, "vieux" ici, n'a pas le même sens que quand tu parles de "gars de vingt ans qui sont déjà vieux"... 

        Bonne journée, et merci !

        FP

    13
    Lundi 18 Janvier 2016 à 10:33

    Bonjour Fabrice,

    Aujourd'hui nous avons le choix de vivre seul ou de vivre à deux et ce choix beaucoup l'assument complètement ce qui ne semble pas être le cas du personnage de ton poème qui regrette sa vie de célibataire mais avait-il réellement compris? l'avait-il réellement choisi? Pourquoi cette peur étrange dont il est devenu l'esclave?

    Ici à la campagne, nous avons beaucoup d'amis célibataires, certains par choix, d'autres parce qu'ils n'ont jamais rencontré la personne qui aurait du leur donner envie de changer de vie et de laisser le travail des champs pour  leur compter fleurette sur le tas de foin!!! rires

    Maintenant, est-ce mieux de vivre seul, même avec des petites manies, que de vivre en famille dans l'insulte, les bagarres, le mensonge ou la tromperie juste pour rentrer dans le moule d'un avenir soit disant normal pour être humain?  

    Ton poème fait débat!!!!

    Tu vois que tu réussis très bien de beaux alexandrins aussi!!!

    Grosses bises et bonne journée à toi Fabrice 

      • Lundi 18 Janvier 2016 à 13:12

        Bonjour Patricia. On peut dire tout ce qu'on veut, on peut émettre un avis, on peut supposer, mais tant qu'on est pas dans la situation, il est impossible de dire quelle est la meilleure manière de vivre... Je suis certain qu'il existe des célibataires heureux, et des non-célibataires malheureux. Cela dépend de plein de paramètres divers... C'est quoi la normalité ? Se ranger auprès de quelqu'un, si possible avant tel âge, et construire avec un bout de chemin ? Je dirai plutôt que c'est ce qu'il se passe le plus souvent. Après, est-ce normal, ça, je n'en sais rien... À chacun le cours de sa vie, ses choix, ses non-choix... 

        Merci à toi. Quant aux alexandrins, ils se sont imposés lorsque m'est venu le vers "Aujourd'hui, me voici vieilli par les regrets"... C'est par ces mots que l'idée du poème a pris forme. Comme quoi, on ne commence pas toujours par le début hahaha...

        Bises, bon début de semaine.

        FP

    14
    Lundi 18 Janvier 2016 à 11:41

    Jules Janin 

    (1804-1874)

    Le vieux garçon

    (1829)

    IL est employé au Mont-de-piété ; il a cinquante ans, à ce qu'il dit, il est très aimé de la laitière et il serait très estimé de son portier, n'était son air taciturne et qu'il ne crie pas assez haut s'il vous plaît, quand il demande le cordon.

    Je suis son voisin, je le connais beaucoup. Je sais par coeur tous ses habits l'un après l'autre : l'habit marron pour les dimanches, l'habit noir-blanc du premier jour de l'an pour visiter ses chefs, l'habit gris-noir pour tous les jours, l'habit vert-pomme pour les temps de pluie ou de beau soleil. Il n'y a guère que deux ou trois ans qu'il porte des pantalons : autrefois il était en culotte. Il a fallu tout ce débordement de démocratie pour que notre homme en vînt à couvrir les mollets qu'il n'avait plus.

    Il ne reçoit qu'une lettre par an ; encore a-t-il recommandé qu'on ne remette qu'à lui seul toutes les lettres qui pourraient lui arriver. Quand cette lettre-là arrive, le facteur de la poste s'égosille à appeler M. Brunet, et M. Brunet descend tout essoufflé, oubliant de fermer la porte à coup sûr.

    Quelle peut être cette lettre, d'où elle vient, on l'ignore !

    On a fait à ce sujet bien des conjectures dans mon quartier. L'épicier et le marchand de vin ont renoncé à expliquer cette énigme ; le commissionnaire n'a que des conjectures ; les femmes elles-mêmes ont perdu leur latin dans ces graves recherches. Le fait est qu'il vient une lettre tous les ans.

    D'où vient cette lettre ?

    Il est trop vieux pour avoir encore son père et sa mère, il est trop heureux pour avoir une femme, trop rangé pour avoir un fils, trop honnête homme pour une maîtresse, trop égoïste pour un ami.

    M. Brunet est un homme calme, posé, silencieux, caché, qui vit seul, qui a vécu seul, qui mourra seul, M. Brunet n'agit pas, il rêve ; il n'aime pas, il pense ; il ne s'amuse pas, il dort. Ne cherchez dans ce coin de maison ni amour, ni haine, ni joie, ni tristesse, ni ambition, ni pleurs, ni pitié, ni remords, ni crime, ni aucune espèce de passion, ni rien de ce qui ressemble à ce qui fait un homme.

    Aussi, pas une femme ne s'avisera d'appeler M. Brunet un monstre.

    Il faut être si fort un homme, pour être un monstre ! Bien plus : il y a peu de femmes qui aient jamais songé à appeler M. Brunet un enfant.

    Mais pourquoi s'anime-t-il si fort quand lui vient cette lettre tous les ans ?

    Brave homme ! ressort animé, il marche, il s'arrête, il sort, il rentre, il dîne, il dort, régulier comme une horloge de Leroy. Ces automates qui frappent les heures, qui sortent de leur niche et qui y rentrent toutes les fois qu'il est midi, ne sont pas plus empressés et plus ponctuels que ne l'est M. Brunet, le dimanche excepté, entendons-nous.

    Le dimanche est un jour de barbe et de folie. C'est le jour de l'habit marron et des ébats folâtres. Ce jour-là on dort, on veille, on se regarde au miroir, on fait le beau, on plisse sa chemise, on enfle son jabot, on se dandine dessus son fauteuil, on se mire dans son pot d'étain, on chante la dernière chanson de l'orgue qui passe, et on rêve qu'on ira le soir quelque part, quand on aura quitté la chemise plissée et l'habit marron.

    Vous dites que c'est là un homme sec et sans poésie ? vous êtes bien cruel ! Sans poésie ? dites-vous. Quel homme est sans poésie ? où n'est-elle pas, la poésie ?

    Le vulgaire va la trouver chez le riche, dans la soie et le velours ; le vulgaire aime le bruit éclatant, les couleurs tranchées, la vie réjouie, épanouie, toute bouffie. Le vulgaire, à défaut de luxe, cherche la poésie dans l'indigence ; il la couvre de haillons, la poésie ; le bâton à la main et sur le dos la besace, il la fait coucher sur la paille ; il l'habille comme s'habille le Joueur à la Porte-Saint-Martin.

    Sophismes que tout cela ! Le beau mérite de la poésie dans les extrêmes! Soyez poète avec l'homme tout seul, sans femme, sans enfants, sans bonheur, sans malheur ; soyez poète avec le médiocre, ni haut ni bas, ni riche ni pauvre, passif et fier à la fois ; soyez poète avec un lit qui n'est ni l'édredon ni la paille, avec un pot qui n'est ni la terre cuite ni la porcelaine de Sèvres.

    Soyez poète en bonnet de coton, en camisole, en bas chinés, au coin d'un petit feu, vis-à-vis d'un café au lait qui chauffe : triste, triste déjeuner ! Préjugé d'autrefois qui a fait plus de rachitiques et de poitrinaires que toutes les pastilles contre les catarrhes.

    Alors, si vraiment vous êtes poète avec les détails du pauvre diable, tenez-vous pour assuré que vous êtes vraiment poète.

    Que de fois, moi qui vous parle, j'ai fait de la poésie dans la chambre de mon voisin ! Je plongeais inaperçu dans cet appartement si étroit où sont contenues toutes les choses nécessaires à la vie. Je voyais le lit calme et défait à peine, indice innocent d'un sommeil paisible.

    Au-dessus du lit attenait une bonne et calme figure des temps anciens, poudrée à blanc et la bouche artistement relevée. Rien ne manquait à cet ensemble tout parisien : le nécessaire avait son superflu ; cette pauvreté avait son luxe ; tout était prévu dans ce hasard, tout était arrangé dans ce désordre. On a fait des poèmes avec moins que cela.

    Un tableau, c'est comme un poème. Il faut être simple et vrai avant tout ; il faut se méfier de tous les excès et de beaucoup de contrastes. Il faut parler net et franchement aux yeux et à l'esprit. Aussi n'ai-je pas été bien surpris quand un matin j'ai vu Pigal dessiner trait pour trait mon vieux garçon ; et non seulement le vieux garçon, mais encore son plat à barbe, sa cafetière, son feu, son engin à prendre les souris, son porte-monnaie vide, hélas !

    Tout mon homme que je croyais à moi seul !

    Seulement vous faites un contresens, Pigal, en donnant un chien à Brunet ; vous gâtez mon vieux garçon avec votre chien. Votre chien, c'est de la poésie bâtarde, votre chien est faux. Le vieux garçon n'a pas de chien : sa portière ne les aime pas, à cause de son chat d'abord, et ensuite, comment croyez-vous qu'il se soit donné la peine d'aimer un chien, lui qui n'a pas voulu aimer une femme, élever des enfants ?

    Que voulez-vous que mange ce chien, dans cette cuisine si froide et avec le café au lait ? Qui promènera ce chien pendant que son maître sera au Mont-de-Piété où l'on n'en souffre pas ? Oh ! ce chien est une grave faute. Encore si c'était un caniche !

    Voilà comment, en voulant faire de la poésie, on la perd. Voilà comment il s'en est fallu de ce quadrupède que j'eusse le portrait complet de mon voisin le vieux garçon.

     

    ps: j'ai trouvé ce texte pour toi, mais il est un peu long, si cela ne te convient pas, supprimes le, je ne t'en tiendrai pas rigueur. 

      • Lundi 18 Janvier 2016 à 13:01

        coucou

         oui ah moi aussi j'aurais bien voulu rester dans le jupon de ma mère!!

        mais faut grandir et là on ne voit plus le jupon si chaleureux!!

         les peurs reviennent !!

         l ah j'adore  mes enfants  et j'aurais bien voulu les couver plus mdr

        mais les oiseaux quittent le nid les uns après les autres ,il mer reste le coucou mdr

         bon  lundi

         bisous

      • Lundi 18 Janvier 2016 à 13:03

        Je ne supprime jamais les interventions de ceux qui viennent s'exprimer chez moi, Danielle, sauf si bien sûr elles portent atteinte à la dignité et l'intégrité d'autrui, si elles sont une incitation à toutes formes de haine, si elles font du prosélytisme religieux, etc.

        Ce texte de Jules Janin n'entre dans aucune catégorie d'intervention indésirable. C'est le portrait d'un vieux garçon parmi d'autres... Ne généralisons pas, ils sont loin de tous se ressembler, même s'il est possible de répertorier des similitudes.

        Merci pour ce partage.

        FP

      • Lundi 18 Janvier 2016 à 13:19

        Coucou Fruita... Rester dans les jupons de ma mère, ça me plaisant, tant que j'étais gamin... Mais mon désir d'indépendance, de découvrir d'autres choses et de prendre la route, a pris le dessus assez vite... 

        Quant aux enfants, on ne peut pas les retenir pour soi, ils doivent aller vivre leur vie. 

        Mais tous les vieux garçons (ou les vieilles filles) ne sont pas comme le narrateur de mon texte, on ne peut pas relier à coup sûr "célibat" et "envie de rester un enfant". Mais je pense que quand on ne veut pas grandir, quand on veut rester auprès de ses parents, on se donne là un maximum de chances de rester...célibataire !

        Merci de ta visite, bon après-midi à toi. Bises.

        FP

    15
    Lundi 18 Janvier 2016 à 11:49

    Le Vieux Garcon

    Lynda Lemay

     

    Ce titre est extrait de l'album : Les Secrets Des Oiseaux

    Année de sortie : 2003

     

     Avec ses p'tits pots en forme de vache

     Et l' bec verseur au bout d' la tache

     Avec ses faux fruits dans un panier

     Et une vraie pomme à peine croquée

     

    Prête à rouiller là, dans l' paysage

     Sur le napp'ron parsemé d'graines

     Jusqu'au retour d' la femme de ménage

     Qui ne vient qu'une fois par semaine

     

    Avec toutes ses jarres de confiture

     Sur le comptoir où se côtoient

     Des cont'nants vidés d'yaourt nature

     Du pain rassis, des chocolats

     

    Avec ses bib'lots dans chaque coin

     Et ses tableaux sur chaque mur

     Avec ses cadeaux d' ses mille copains

     Et des photos d' leurs aventures

     

    Avec ses souv'nirs collectionnés

     Pour que tout l' monde se souvienne

     Avec ses sourires bien encadrés

     Pour se parer contre la peine

     

    Avec son frigo inhabité

     A force de s' porter absent

     Avec ses restaurants préférés

     Et son estomac exigeant

     

    [Refrain] :

     Le vieux garçon

     S'la coulait douce

     En rabâchant qu'on devrait tous

     Vivre la vie à sa façon

     Persuadé qu' la liberté rendait moins con

     

    Le vieux garçon

     Croyait en rien

     Ni Dieu ni prêtre ni rabbin

     

    Le vieux garçon était gentil

     Un peu rebelle, mais bien élevé

     Heureux d'être seul dans son lit

     Pour mieux rêver

     

    Avec toutes ses chemises égarées

     Qui r'bondissaient dans son salon

     Après ces longues heures à les chercher

     Ce qui l' rendait souvent bougon

     

    Avec ses vieux disques de Sinatra

     Qui r'tentissaient dès le matin

     Avec ses classiques du cinéma

     Qui ennoblissaient les comédiens

     

    Avec cette phobie du lendemain

     Qui récompense tant de médiocres

     Et cette nostalgie d'une autre époque

     Dont il savait tous les refrains

     

    Avec son mouchoir au bord d' la main

     Et sa vilaine toux mal soignée

     Avec ses multiples verres de vin

     Et son gosier bien arrosé

     

    Avec, en guise de bouquin d' chevet

     Le plus grossier d' San Antonio

     Avec ses liasses de gros billets

     Planquées dans un Victor Hugo

     

    Là où les voleurs, ça c'est certain

     N'iront jamais, les misérables

     Avec ses bonheurs au quotidien

     Bien à l'abri dans son p'tit coeur

     

    [Refrain] :

     Le vieux garçon

     S'la coulait douce

     En rabâchant qu'on devrait tous

     Vivre la vie à sa façon

     Persuadé qu' la liberté rendait moins con

     

    Le vieux garçon

     Croyait en rien

     Ni Dieu ni femme ni gamins

     

    Le vieux garçon était gentil

     Un peu rebelle, mais bien élevé

     Heureux d'être seul dans son lit

     Pour mieux rêver

     

    Et même s'il clamait qu' c'était stupide

     De s'empêtrer d'une routine

     Il prenait quand même une douche rapide

     Puis un café à la cuisine

     Il coiffait toujours ses ch'veux mouillés

     Avec le même peigne aux dents sales

     Eteignait toujours avant d' quitter

     Fidèle à son cérémonial

     

    Je sais pas vraiment c' que ça prenait

     Pour percer son confort opaque

     Avec ses plus de trente-quatre balais

     Ça tenait vraiment du miracle

     

    Le vieux garçon...

     

    Y'avait quelque chose dans sa nature

     Qui m'intriguait et, un beau jour

     J'ai osé traverser la clôture

     Qui protégeait son puits d'amour

     

    Cet amour qu'il ne donnait jamais

     Qu'à petites doses et qu'à ses potes

     Un peu misogyne qu'il était

     Pourtant il m'a ouvert sa porte

     

    Ça sent l' pot-pourri et les ordures

     Ma ça sent bon chez c' garçon-là

     Y'a comme une fragrance qui rassure

     Comme un parfum à base de joie

     

    Même s'il est pas du genre à jurer

     Qu' l'invitation, demain, tiendra

     C'est un privilège, je le sais

     D'être la bienv'nue dans ses bras

     

    [Refrain] :

     De vieux garçon

     Chez qui je couche

     Sans lui chambarder son décor

     Mais si j'y ajoute une touche

     Du bout d' la voix

     Et des mouvements de mon corps

     Le vieux garçon

     Ne m'en veut pas

     Il m'écoute vivre et il aime ça

     

    Il est mignon, il est gentil

     Un peu rebelle, mais bien élevé

     Et il m'accueille dans son lit

     Pour mieux rêver 

     

     

      • Lundi 18 Janvier 2016 à 13:06

        Comme je n'aime pas écouter cette chanteuse, je me suis contenté de lire le texte... yes

    16
    Lundi 18 Janvier 2016 à 16:23

    Un poème ne peut aborder toutes les nuances d'un sujet, naturellement. Mais certains vieux garçons par peur excessive de la vie restent le plus longtemps possible dans le confort douillet procuré par les parents. D'autres ont une profession valorisante, voyagent, ont des ami(e)s et peuvent habiter à plusieurs centaines de kilomètres du domicile familiale. Ils ont raté une occasion, ont vécu une forte déception ou se sentaient responsable de quelque chose qui a pris toute la place. La situation n'est pas la même et la souffrance est certainement moindre dans le second cas. Même si ... l'absence se rappelle à eux, de temps à autre. Bonne semaine, Fabrice, en espérant que tu vas bien.

      • Lundi 18 Janvier 2016 à 21:43

        J'aime bien ton analyse, Lily ! C'est sûr que ce texte n'a pas pu balayer tous les aspects du vieux garçon, sujet complexe et divers, s'il en est ! hahaha... En fait, pour être honnête, j'ai écrit cette histoire en pensant à une personne réellement existante (ou ayant existé, plutôt). Je sais qu'elle (cette personne) a failli se marier dans sa jeunesse, c'était à deux doigts de le faire, à vrai dire, tout était prévu. Et, au dernier moment, il a tout abandonné par peur de l'engagement que ça représentait. Il est revenu vivre auprès de sa mère jusqu'à ce qu'elle ne meure. Il s'est occupé d'elle dans ses derniers moments. Et puis, il a fini par se confier à quelques proches ses regrets. Il s'était mis en tête de savoir ce qu'était devenue la femme qui devait devenir sa femme... 

        En vérité, on peut vivre en se laissant diriger par la peur de quelque chose, au point de se retrancher dans une existence qui, le pense-t-on, serait susceptible de chasser cette peur. Mais elle surgit un jour, boostée par le sentiment d'absence et la solitude des derniers jours... C'est effrayant.

        Merci Lily. Bonne soirée à toi. Bises.

        FP

    17
    Lundi 18 Janvier 2016 à 23:04

    Bonsoir  Fabrice ;

     

    La peur, ne l’avons nous pas tous connue un jour ?

    La peur de voir partir le grand amour

    La peur d’avoir raté le cours de sa vie

    On en éprouve des remords, mais ceci est inutile

    Vu que la vie suit son cours sans s’occuper de nous

    Alors, faisons de notre vie un chemin d’amour

    Ne récolte-t-on pas souvent ce que l’on sème

    Alors, soyons heureux de notre moisson

    Si l’on a bien semé, rien ne peut être terne

    Seul le résultat sera à foison ou la dérision 

    Très jolie poésie qui vient du cœur

    D'où une certaine frayeur...

    Amicalement       Laurette

     

     

      • Lundi 18 Janvier 2016 à 23:43

        Bonsoir Laurette, tout ce que tu dis est vrai. J'ajoute que la peur est un sentiment normal, qui nous donne aussi la preuve et la sensation que nous sommes vivants. Mais quand elle devient profonde au point de'orienter une vie, ou des décisions dans le mauvais sens, elle devient problématique. Par peur, ou par couardise, par manque de confiance en soi (mais à vrai dire, tout ça, c'est lié), on peut vraiment passer à côté d'un tas de choses.

        Merci beaucoup pour ta lecture attentive. Je te souhaite une bonne nuit.

        FP

    18
    Mardi 19 Janvier 2016 à 01:37

    Bonjour Fabrice

    non même après 12 ans je découvre de nouvelle chose dans ma ville, alors tu pense la Chine, un rêve impossible

    une fois je suis tombé sur blog, son titre (j'ai parcouru la Chine en tout sens) pas modeste ....lol

    Je te souhaite un très bon mardi

    Nos amitiés bises

    Qing&René

      • Mardi 19 Janvier 2016 à 07:35

        Bonjour René... En fait, il est tout simplement IMPOSSIBLE de tout connaitre, y compris de sa ville, car même si on en avait réellement le temps et la possibilité, rien qu'une ville, ça change au fil des années, par définition, il y a toujours des nouvelles choses, donc, c'est une éternelle redécouverte. En effet, le titre du blog que tu cites étais quelque peu...prétentieux !!! lol

        Bon mardi à toi de même. Bises.

        FP 

    19
    Mardi 19 Janvier 2016 à 06:57

    Hello Fabrice smile

    Mon com fut bref, je reviens te relire car ton poème vaut le détour !
    Si je peux me permettre une suggestion pour la dernière strophe que je trouve vraiment superbe, je retirerais bien les virgules après "aujourd'hui" et "pour elle", non ?

    Bonne journée !

    "Je rêve d'un monde où l'on mourrait pour une virgule." Cioran

      • Mardi 19 Janvier 2016 à 07:39

        Coucou Sandra, mais tu as raison de me faire une suggestion, toutes les suggestions sont bienvenues. Pour être honnête, cette virgule dont tu parles (merci pour la citation de Cioran lol), je l'avais mise, puis retirée, puis remise... En fait, elle appuie (selon moi) le propos "pour elle", insiste sur l'idée que c'est pour cette peur (à cause d'elle ET seulement elle) qu'il en est arrivé là où il en est. 

        Merci beaucoup de ton intérêt, et de ta lecture attentive. Bonne journée de même.

        FP

    20
    Mardi 19 Janvier 2016 à 07:21

    Bonjour Fabrice....Un petit coucou pour te souhaiter une bonne journée et te dire merci pour ces petits mots que tu me laisse tous les jours...cela fais chaud au cœur ! Je suis heureuse que tu vas bien, moi ça va bien aussi, ce matin le ciel est bien clair ici, quelle plaisir ! Passe une très bonne journée mon ami ♥

      

      • Mardi 19 Janvier 2016 à 07:43

        Bonjour Chadou, ne me remercie pas, nul ne me force à laisser un petit mot à qui que ce soit, c'est qu'il me plaît de le faire ! 

        Oui, je ne vais pas trop mal, je prends toujours l'hiver comme il vient (vive ma doudoune ! hahaha)... Tu as de la chance de voir la couleur du ciel (j'imagine par rapport aux étoiles qui y luisent), je n'ai pas encore mis le nez dehors, mais il fait encore nuit sur Paris (plus pour longtemps, certes)... En revanche, je sens que le froid est là.

        Excellente journée à toi, merci encore. Bisous.

        FP

    21
    Mardi 19 Janvier 2016 à 08:57

    ahhhhh mon petit noir du matin !

    l'instant sacré ou j'émerge enfin de ma brume nocturne

    oui je l'adore mon premier café

    bise et bon mardi

     

     

      • Mardi 19 Janvier 2016 à 10:18

        Je ne me serais pas permis d'en douter, non, non, non ! winktongue

    22
    Mardi 19 Janvier 2016 à 10:23

    Pour une maman son garçon n'est jamais vieux

    c'est son petit pour la vie.

    Belle journée Patrice (avec soleil ou pluie?)

      • Mardi 19 Janvier 2016 à 10:53

        J'aurai du mal à te contredire, chère jamadrou, même si je fais tout pour que ma mère ne me traite plus comme un enfant ! hahaha... (Rien à faire, les mamans, c'est comme ça !)

        Merci à toi (et promis, je ne t'en tiens pas rigueur pour m'avoir confondu avec Chéreau, Leconte ou Dominguez happy).

        Pas de soleil ici, pas de pluie non plus (pour le moment...)

        FP

      • Mardi 19 Janvier 2016 à 11:06

        désolée Fabrice, je viens à l'instant de corriger ma grosse grosse grosse bêtise!

        bisou

      • Mardi 19 Janvier 2016 à 12:57

        "grosse grosse grosse bêtise" ? Allons ! N'exagérons rien, Patrice, c'est pas triste ! (tu vois, c'est moi qui débite des bêtises !!! intello)

    23
    Mardi 19 Janvier 2016 à 14:03

    Bonjour Fabrice

    C'est une chose à laquelle il faut faire attention, ne pas se laisser enfermer dans son petit cocon d'enfant bien dans sa peau et dans sa vie. Il faut savoir passer de l'enfance à l'adolescence pour à l'âge adulte avec tous les "problèmes" et "servitudes" que cela implique.

    C'est un choix, et c'est le droit de chacun !

    Merci de ton passage sur mon blog et de ton gentil commentaire.

    Je te souhaite une très bonne journée

    @lain

      • Mardi 19 Janvier 2016 à 14:28

        Bonjour @lain, il faut en effet trouver le juste milieu, entre garder son âme d'enfant, ne pas renier l'adolescent qu'on fut et être l'adulte responsable qui avance dans la vie... 

        C'est un choix, c'est quelque chose de subi, ou c'est juste une situation qui reste longtemps temporaire... Mais en effet, chacun fait comme il peut...

        C'est moi qui te remercie. Bel après-midi à toi.

        FP

    24
    Mardi 19 Janvier 2016 à 14:50

    quel texte superbe mais tellement lourd de regrets que j'e l'espère pure invention ,sinon qu'une fenêtre s'ouvre et illumine d'un nouveau soleil la suite de sa vie

      • Mardi 19 Janvier 2016 à 14:54

        Ah ! Mamazerty, lauréate de la Floue t'es du jour ! wink2

        Ce texte s'est inspiré (en partie) de quelqu'un (que je ne dénoncerai pas, et ce n'est pas moi ! lol), mais comporte quelques inventions...

        Merci beaucoup à toi. La suite de ma vie te dit merci, bel après-midi et bonne réception de ton colis de livres !!! 

        FP

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