• Les bons sentiments

    Ils te diront qu'il faut du temps

    Pour aimer à nouveau l'aurore,

    Pour entrouvrir les deux battants

    De ta fenêtre, mais encore,

    Que l'on s'habitue à la nuit,

    Croyant que ce qui brille nuit

    Quand on a marché sur des braises,

    Quand on s'est brûlé jusqu'au cœur,

    Qu'il convient d'oublier les fraises

    Et laisser faner la rancœur

    Avant de pouvoir se construire

    Une autre vie à faire luire ;

     

    Ils chercheront à t'exhorter

    À la plus grande des prudences,

    Comme s'ils devaient supporter

    Ton propre fardeau ; si tu danses

    Un peu trop tôt, ils penseront

    Que c'est un tort, t'accuseront

    D'être sans morale, insensible,

    De céder à la vanité,

    Ce qui leur est inadmissible

    Car, pour eux, manque de fierté ;

    Tu leur seras moins admirable 

    Si ton chagrin n'est pas durable...

     

    Tu connais pourtant tes tourments,

    Et personne n'est à ta place ;

    Au diable les bons sentiments,

    Qu'ils aboient ! Souris-leur et passe,

    Libre à toi de prendre la main

    De qui te plaît, sur ton chemin !

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    « Théophraste le cérasteÀ l'ombre du soir »