• Maman

    J'entendais à coup sûr mon père

    Me répondre : « va voir maman ! »

    Chaque fois qu'un petit tourment

    Venait éprouver mes hantises...

     

    J'entendais à coup sûr mon frère

    M'accuser, en criant : « maman ! »

    Chaque fois que ce garnement

    Me faisait porter ses bêtises...

     

    J'entendais à coup sûr grand-mère

    Dire : « pas un mot à maman ! »

    Chaque fois que, secrètement,

    Elle m'offrait des friandises...

     

    * * *

     

    Mon dieu que le monde a changé,

    Comme les lignes ont bougé !

     

     Papa ne fuit plus mes hantises,

    Maxime assume ses bêtises,

    Fini le temps des friandises...

     

    Nous nous occupons de Maman

    Qui nous quitte tout doucement.

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    Ce n'est pas mon histoire. J'ai juste été extrêmement bouleversé d'apprendre que quelqu'un pour qui j'ai beaucoup de tendresse - même si la vie nous a éloignés depuis un moment - souffre de la maladie d'Alzheimer. Cette femme était pétillante, pleine de vie, très active dans tout, gérait son monde, portait littéralement sa famille à bout de bras ; elle était pour ses proches le centre de leur monde, leur référence, leur modèle parfois, et voilà que ce monstre invincible l'a murée dans le brouillard... Suite à la discussion que j'ai eue avec sa fille, une très bonne ancienne amie de fac avec laquelle j'ai renoué récemment, ces mots sont sortis, ça a donné ce texte. Bien sûr, je le lui ai envoyé, et, avec son accord, je le partage avec vous aujourd'hui.

    « Beuve ritLa fête »