• Xyloglossie de campagne

     

     

    Regardez-le, décidément,

    Comme il trouve que ma parole

    Est bonne chair, soudainement,

    Pour le fond de sa casserole,

    Alors qu'hier elle n'était

    Qu'un ingrédient qu'il omettait !

     

    Il fut cinq ans, loin, sourd, aveugle,

    Voici qu'il vient obstinément

    Caresser la vache qui beugle,

    Et me jure, sincèrement,

    Avoir en main la clé – si rare –

    Du grand bonheur qu'il me prépare !

     

    Chasseur plus gourmand que gourmet,

    Il court après mon droit de vote,

    Rêvant d'un joli mois de mai

    À présenter à son despote

    Qui n'est nul autre, évidemment,

    Que son ego si performant.

     

    Me faut-il gober davantage

    Les discours que Saint-Valentin

    Me livre avec son paquetage

    Plein de sirop de baratin

    Que toute la xyloglossie

    De campagne d'un faux messie ?

     

    Quel mammifère stupéfiant

    Que le primate politique !

    Mâle ou femelle, il est confiant,

    Même aux limites de l'éthique,

    Car aucune révolution

    N'entraînera son extinction.

     

     

     

    Xyloglossie de campagne

    12297

     

     

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  • Le moijiste

     

     

    Le moijiste prend son laïus,

    Et puis, tel un lasso, le lance

    À l'assaut du malchanceux gus

    Qu'il alpague avec excellence.

     

    Le moijiste, alerte, assommant,

    Qui met en scène sa personne,

    Parle en n'écoutant clairement

    Que les moi je  qu'il se façonne.

     

    Une fois ferré, capturé,

    Dépossédé de sa portance, 

    L'assailli, bientôt torturé,

    Subit l'abusive jactance

    De l'égocentrique bavard,

    Qu'il absorbe façon buvard.

     

    À moins d'être un aquoiboniste

    Qui ne craint pas le temps perdu,

    Chacun cherche à fuir le moijiste

    Qu'il n'est jamais, bien entendu !

     

     

     

    Le moijiste

    The power of speech  / John Holcroft

    12087

     

     

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  • Le tango des tergiversations

     

     

    Elle n'attendra pas indéfiniment, là,

    Où tu la fais tourner comme une ritournelle

    Sur un disque rayé ; ton refrain la la la

    Aurait déjà lassé plus d'une pimprenelle.

     

    Tu ne sais qu'étirer tes irrésolutions

    Au long de ponts aussi réels qu'interminables,

    Tanguant sur le tango des tergiversations...

    Tes arguments sont-ils vraiment tous raisonnables ?

     

    Tu veux avoir l'amour, sans ses désagréments ;

    Prendre la lune, mais, sans sa face cachée ;

    T'assurer que jamais le moindre des tourments

    Ne viendra polluer l'idylle endimanchée ;

     

    Elle n'attendra pas qu'il neige sur les toits,

    Que le temps des regrets agite ses sonnailles,

    Que le vin gaspillé laisse en peine et pantois

    Bien des bouchons de liège et nombre de futailles...

     

     

     

    Le tango des tergiversations

    Vineyard Thing  / Steve Mills

    11786

     

     

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  • La délivrance

     

     

    Je me souviens de nos orages,

    Comme ils éclaboussaient ces murs ;

    Tu te rappelles les naufrages

    Et les petits matins obscurs ;

     

    Les bruits de vaisselle cassée

    Côtoyaient des silences lourds ;

    Chaque rancune ressassée

    Nous rendait de plus en plus sourds ;

     

    Il pleuvait, jusque dans la chambre,

    Des fragments de rêves fanés

    Que les horizons gris décembre

    Avaient tour à tour déclinés ;

     

    Tu te souviens de nos tristesses,

    Comme elles crevaient le plafond ;

    Je me rappelle les promesses

    Et leur arrière-goût chiffon ;

     

    Les gestes tendres, les je t'aime,

    Eux, si triomphants au début,

    Fleurons de notre écosystème,

    Furent vite mis au rebut ;

     

    La vie en couple, tu le jures,

    Est un mensonge universel,

    La plus banale des gageures ;

    Les cœurs s'y vident de leur sel.

     

    * * *

     

    Le soleil, comme une ironie,

    Fait son retour dans la maison

    Libre, délivrée, assainie,

    Quand nous retrouvons la raison.

     

    * * *

     

    Ne perds pas ma nouvelle adresse,

    La tienne est en lieu sûr, promis ;

    Passe quand tu veux – rien ne presse –

    Pour une soirée entre amis !

     

     

     

    La délivrance

    Soleil dans une chambre vide, 1963 / Edward Hopper

    11616

     

     

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