• Le casting

     

     

    Si mon cœur avait eu le souffle

    D'une basse ou bien d'un ténor...

    Tu dis qu'il dort dans sa pantoufle,

    Qu'il n'est ni du sud, ni du nord !

     

    S'il n'était pas aussi centriste,

    À la hauteur du baryton...

    Tu ne lui trouves qu'un air triste,

    Sans aura, blanc comme coton !

     

    S'il avait eu l'accent rebelle

    Du sel goûteux, du poivre chaud...

    Tu soutiens qu'un mouton qui bêle

    Propose encore un meilleur show !

     

    S'il pouvait battre dans un style

    Plus à l'extrême, plus rugueux...

    Tu me fais savoir être hostile

    À son ton banal, peu fougueux !

     

    S'il était taillé dans la trempe

    Des coffres sans juste milieu...

    Tu n'aimes pas comment il campe

    Entre le diable et le bon dieu !

     

    Et ton oreille s'extasie

    Devant ces coqs hauts en couleur

    Qui nourrissent ma jalousie ;

    Mon chant, pour toi, manque d'ampleur !

     

    C'est sans diplomatie aucune

    Que tu me contrains à l'exil...

    Je dois m'éclipser de ta lune,

    Sur le champ, débrancher mon fil !

     

     

     

    Le casting

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  • Joli cœur

     

     

    C'est un joli cœur

    Qu'un charmeur sourire enrubanne,

    C'est un joli cœur

    Qui fait les yeux doux, se pavane...

     

    Et ce joli cœur

    Bat le briquet, non la chamade ;

    Oui, ce joli cœur

    Vient, boit, puis repart, bon nomade !

     

    Dans mon rêve, il reste à moi seul,

    Près du mien se sédentarise,

    Mais au réveil, qu'est-ce ? Un linceul

    Blanc de givre sur ma cerise...

    Mon gâteau, lui, n'est qu'un caillou

    Sur lequel trébuche Only you.

     

    J'aimerais savoir ce qu'il cache,

    Ce cœur si secret, si pressé

    De contourner la moindre attache,

    De se garder cadenassé...

    Dans mon rêve, il s'installe et chante,

    Freud en perd son latin, déchante.

     

    C'est un joli cœur

    Dont le charmeur sourire tue

    Plus qu'un autre cœur ;

    J'en ai l'âme à plat, courbatue.

     

    Devenant braqueur

    Dans mon cauchemar, je me l'ouvre,

    Ce tout joli cœur,

    Au pied-de-biche, et, j'y découvre

    Le sifflet cassé

    D'un oiseau blessé.

     

     

     

    Joli cœur

    12497

     

     

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  • Xyloglossie de campagne

     

     

    Regardez-le, décidément,

    Comme il trouve que ma parole

    Est bonne chair, soudainement,

    Pour le fond de sa casserole,

    Alors qu'hier elle n'était

    Qu'un ingrédient qu'il omettait !

     

    Il fut cinq ans, loin, sourd, aveugle,

    Voici qu'il vient obstinément

    Caresser la vache qui beugle,

    Et me jure, sincèrement,

    Avoir en main la clé – si rare –

    Du grand bonheur qu'il me prépare !

     

    Chasseur plus gourmand que gourmet,

    Il court après mon droit de vote,

    Rêvant d'un joli mois de mai

    À présenter à son despote

    Qui n'est nul autre, évidemment,

    Que son ego si performant.

     

    Me faut-il gober davantage

    Les discours que Saint-Valentin

    Me livre avec son paquetage

    Plein de sirop de baratin

    Que toute la xyloglossie

    De campagne d'un faux messie ?

     

    Quel mammifère stupéfiant

    Que le primate politique !

    Mâle ou femelle, il est confiant,

    Même aux limites de l'éthique,

    Car aucune révolution

    N'entraînera son extinction.

     

     

     

    Xyloglossie de campagne

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  • Le moijiste

     

     

    Le moijiste prend son laïus,

    Et puis, tel un lasso, le lance

    À l'assaut du malchanceux gus

    Qu'il alpague avec excellence.

     

    Le moijiste, alerte, assommant,

    Qui met en scène sa personne,

    Parle en n'écoutant clairement

    Que les moi je  qu'il se façonne.

     

    Une fois ferré, capturé,

    Dépossédé de sa portance, 

    L'assailli, bientôt torturé,

    Subit l'abusive jactance

    De l'égocentrique bavard,

    Qu'il absorbe façon buvard.

     

    À moins d'être un aquoiboniste

    Qui ne craint pas le temps perdu,

    Chacun cherche à fuir le moijiste

    Qu'il n'est jamais, bien entendu !

     

     

     

    Le moijiste

    The power of speech  / John Holcroft

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