• Prudence à Venise

    Prudence à Venise

     

     

    Si je m'appelle Prudence,

    Je n'ai pas été prudente,

    En cherchant la providence,

    Là-bas, au pays de Dante ;

    Bien que j'en aie un peu honte,

    C'est d'accord, je vous raconte...

     

    Place Saint-Marc, à Venise,

    Par un matin de novembre :

    Tout est prêt, je m'organise,

    J'ai le feu dans chaque membre,

    Un oiseau me dévisage...

    Sait-il ce que j'envisage ?

     

    C'est un bel Albin de foule*

    Qui se pose sur ma tête,

    Me sert sa roue et roucoule...

    Oh mon dieu, qu'il a l'air bête !

    Devrais-je en faire un fromage ?

    Je n'en veux qu'à son plumage !

     

    J'émiette un bout de brioche

    Qu'il picore dans ma paume,

    Je me dis : « c'est dans la poche »,

    Jubilant comme une môme

    Triomphante et trop confiante,

    Quand, soudain, la chaude fiente

    Me coule sur la trombine,

    Jusqu'à l'angle de ma bouche...

    C'est alors qu'il se débine,

    Tout de go, prenant la mouche :

    « Me voyais-tu, pauvre conne,

    En pigeon que l'on pigeonne ? »

     

    Ramasse tes dents, Prudence,

    Range tes cliques, tes claques,

    Ton pain, ton outrecuidance,

    Et va jouer dans les flaques...

    J'ai dû revenir bredouille,

    Aussi cuite qu'une andouille !

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    *pour ceux qui n'ont pas suivi, explication ici

    « Qui s'y frotte s'y piqueTu m'as aimé »