• Comme ils étaient beaux, mes matins,

    Quand ils entraient par la fenêtre

    Et me lançaient des serpentins

    De Lumière sur tout mon être...

     

    Comme ils sont laids, ceux d'aujourd'hui,

    Avec les rumeurs qu'ils colportent,

    Qui ne disent rien que le bruit

    Des vents mauvais qui les escortent !

     

    Je n'entends plus de jolis chants !

     

    Les roses d'antan, je le jure,

    Savaient savourer leur été,

    Se courbaient devant la froidure,

    Toujours, avec humilité...

     

    Celles que je vois se rebiffent

    Dès qu'on cherche à les caresser,

    Ne sont plus qu'épines qui griffent

    Et n'attendent pas pour blesser !

     

    Pourquoi faut-il que les temps changent !

     

    Comme ils étaient gais, les oiseaux,

    Quand le ciel azurait leurs ailes ;

    Ils gazouillaient, près des ruisseaux,

    Accompagnés de leurs oiselles...

     

    Comme ils ne font plus que crier,

    J'en ai les oreilles qui saignent,

    Et, rien ne me sert de prier,

    Si les nouveaux dieux me dédaignent !

     

    Je n'entends plus de jolis chants !

     

    Le bedeau, le vin et l'hostie

    Promettaient un monde rêvé ;

    En ville, la pédérastie

    N'allait pas fouler le pavé !

     

    Que voulez-vous que je comprenne

    Aux couleurs de tous ces drapeaux

    De l'époque contemporaine,

    Moi, vieux de chez les vieilles peaux ?

     

    Pourquoi faut-il que les temps changent !

    12697


  • Mon mac, Donald

     

     

    Sur un sofa rose en faux cuir,

    Qui trône au milieu d'une chambre

    Aux murs-miroirs, mon corps se cambre,

    Fait son job, sans chercher à fuir ;

     

    Tantôt chatte, tantôt succube,

    Je m'adapte à tous les désirs,

    J'ai toujours mille et un plaisirs

    À donner, du creux de ce cube,

    Je joue avec la caméra...

    Qui paiera en ligne verra !

     

    Si je gagne dûment ma vie ?

    Demandez-le donc à mon mac,

    Qui plonge sa main dans mon sac

    Avant que je ne sois servie !

     

    Mon mac, Donald de son prénom,

    A la bourse très, très gourmande.

    Et d'abord, c'est lui qui commande,

    Je ne sais pas lui dire non...

    Ah ! Que voulez-vous, j'en suis dingue,

    Depuis qu'il m'a montré son flingue.

    12687


  • Elle était ronde hier encore,

    Voici qu'elle fond à vue d’œil ;

    Son triste Pierrot le déplore.

    Il règne un avant-goût de deuil...

     

    Elle s'étiole. Elle est blafarde.

    Qui lui fait de l'ombre ? Un mouton

    Qui passe ? À moins qu'on ne la farde

    Pour ses funérailles, dit-on...

     

    Elle semble au bout de sa course,

    N'est bientôt plus qu'un trait courbé

    Dont rient Vénus et la Grande Ourse ;

    Voici tout son lustre embourbé,

    Comme la plume paresseuse

    De Pierrot, dans l'encre poisseuse.

     

    Allons !  s'insurge un vieux hibou.

    Son agonie ? Un subterfuge

    Pour mieux filer vers son tabou,

    Mais que personne ne la juge !

     

    Attendez quelque vingt-huit jours,

    Et vous l'appellerez « nouvelle »

    Quand vous reverrez ses atours

    D'amante nomade, infidèle...

     

    Cependant, ce sera bien elle !

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  •  

     

    Bretemette n'a pas inventé

    Le fil à couper le beurre,

    Bretemette a le bulbe planté

    Dans un pot de fleurs qui fleure

    Le terreau mal dégrossi...

    C'est ce qu'on disait, ici.

     

    Bretemette, un jour, s'est décidée

    À se mettre un peu de plomb

    Dans la cervelle... Mais quelle idée !

    Tout ça pour un joli blond

    Qui l'a juste regardée

    Couler comme un énorme caillou

    Dans ses pleurs, et l'a bardée

    De divers noms d'oiseaux... Le voyou !

     

    Comment s'est-elle tirée

    De la noyade assurée ?

     

    Bretemette, au bar, a rencontré

    Un gars venu de la ville

    Qui, contre toute attente, est entré

    Dans son petit cœur fragile.

    Quand les mégères du bourg

    Ont ricané, jusqu'à en être ivres,

    Il leur a lancé : l'amour

    Ne vous est connu que par les livres.

     

    Bretemette n'a certes pas l'air

    D'une fille fort futée,

    Pourtant, quoi qu'on raconte, il est clair

    Qu'elle n'est plus amputée

    De son bon droit au bonheur...

    Qu'il vole haut, son planeur !

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